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6 NOV 2026 | Journée d'études RMBLF : "Médiévistique et études de genre"
Publié le 9 octobre 2026
– Mis à jour le 9 octobre 2026
Le 6 novembre 2026, se tiendra la 54e journée d'études du Réseau des Médiévistes belges de Langue française (RMBLF) à l'Université libre de Bruxelles. Elle aura pour thème : "Médiévistique et études de genre". Veuillez trouver la présentation et le programme de la journée ci-dessous.
Depuis plusieurs décennies, les médiévistes s’intéressent aux rapports de genre structurant la société médiévale et s’interrogent sur leurs implications politiques, économiques ou encore socio-culturelles. Ces rapports se laissent appréhender dans le droit législatif comme dans la coutume, dans les récits narratifs comme dans les représentations visuelles. Sans doute la question du pouvoir a-t-elle été parmi les premières à être explorées, en particulier au sein des classes dominantes et souvent sous l’angle des "femmes de pouvoir" aux caractéristiques parfois bien "masculines". À l’autre bout de l’échelle sociale, des études ont également été consacrées à des groupes longtemps qualifiés de "marginaux" : prostituées, cantinières d’armées, lavandières, mystiques, visionnaires, béguines, etc. Entre ces deux extrêmes, les groupes "médians" ont été envisagés sous l’angle de la vie économique et sociale, soulignant toute l’agentivité économique sinon politique des travailleuses de la soie londoniennes ou encore des femmes gérant la production et la vente d’artisanat, notamment dans les villes flamandes, quand bien même celles-ci n’apparaissent explicitement dans les sources que, le plus souvent, au moment d’un changement de statut légal (célibat, veuvage). Plus récemment, l’étude des identités de genre et des pratiques sexuelles constitue, elle aussi, un champ de recherche novateur issu de l’articulation entre gender studies et médiévistique, comme en témoignent notamment les deux collections homonymes "Gender in the Middle Ages", publiées respectivement chez Boydell & Brewer et chez Cambridge University Press.
Si les gender studies se confondent de moins en moins avec l’histoire des femmes, force est de constater que, dans le domaine de la médiévistique belge, peu d’études sont encore, à ce jour, consacrées aux constructions de genre en tant que telles. Au-delà des approches binaires visant à définir ce qui fait le féminin ou le masculin, les gender studies soulignent aujourd’hui la diversité et la souplesse de ces constructions socio-culturelles, d’une part, mais aussi une certaine fluidité et porosité de ces catégories elles-mêmes, de l’autre, et ce malgré l’opposition binaire hommes/femmes que l’on rencontre largement dans le monde médiéval chrétien occidental, notamment dans le cadre d’une doctrine théologique qui soumet largement les secondes aux premiers. Il revient ainsi aux chercheur·euses contemporain·es d’interroger la solidité d’une lecture binaire de ces constructions socio-culturelles face à des rapports de genre qui peuvent se révéler plus complexes. En ce sens, les sociétés médiévales constituent autant de laboratoires pour explorer les multiples manifestations du genre dans la manière d’être au monde et de faire société.
Tant ces cadres socio-culturels que les stratégies des humain·es qui les ont adoptés tout en les adaptant ont évolué dans le temps et dans l’espace. De la fin du Ve au début du XVIe siècle, les modèles proposés et adoptés par les sociétés médiévales ont été modifiés : saint·es, preux·ses, mais aussi marchand·es, artisan·es, voire soldat·es, parfois travesti·es – même si les occurrences sont ici rares et difficilement saisissables. Des différences ont également pu être remarquées entre espaces ruraux et urbains, la ville constituant souvent un espace d’opportunités accrues tout en présentant des risques de précarisation qui varient en fonction du sexe et de la classe sociale des individus. Des espaces à haute densité urbaine peuvent par ailleurs aussi se distinguer entre eux : malgré des contacts économiques et culturels intenses, les cadres du mariage, par exemple, diffèrent fortement entre les anciens Pays-Bas et l’Italie.
Cette journée d’étude, qui se tiendra le vendredi 6 novembre 2026 à l’Université libre de Bruxelles, visera à donner la parole à de jeunes médiévistes comme à des chercheur·euses et chercheurs plus expérimenté·es engagé·es en études de genre, et ce afin de mettre en lumière la richesse de leurs différentes approches et épistémologies et de leur offrir une plateforme d’échange et de discussion dans le cadre convivial et bienveillant qui caractérise les journées d’études du Réseau.
ULB, Campus du Solbosch, Salle H. Janne (S.15.331)
9h15 – 9h30 : Accueil
12h30 – 13h45 : Pause midi
Michael Depreter (UCLouvain Saint-Louis Bruxelles / ULB / Oxford)
Emeline Martin (ULB, Crea-Patrimoine)
Nissaf Sghaïer (UCLouvain Saint-Louis Bruxelles)
Argumentaire
Depuis plusieurs décennies, les médiévistes s’intéressent aux rapports de genre structurant la société médiévale et s’interrogent sur leurs implications politiques, économiques ou encore socio-culturelles. Ces rapports se laissent appréhender dans le droit législatif comme dans la coutume, dans les récits narratifs comme dans les représentations visuelles. Sans doute la question du pouvoir a-t-elle été parmi les premières à être explorées, en particulier au sein des classes dominantes et souvent sous l’angle des "femmes de pouvoir" aux caractéristiques parfois bien "masculines". À l’autre bout de l’échelle sociale, des études ont également été consacrées à des groupes longtemps qualifiés de "marginaux" : prostituées, cantinières d’armées, lavandières, mystiques, visionnaires, béguines, etc. Entre ces deux extrêmes, les groupes "médians" ont été envisagés sous l’angle de la vie économique et sociale, soulignant toute l’agentivité économique sinon politique des travailleuses de la soie londoniennes ou encore des femmes gérant la production et la vente d’artisanat, notamment dans les villes flamandes, quand bien même celles-ci n’apparaissent explicitement dans les sources que, le plus souvent, au moment d’un changement de statut légal (célibat, veuvage). Plus récemment, l’étude des identités de genre et des pratiques sexuelles constitue, elle aussi, un champ de recherche novateur issu de l’articulation entre gender studies et médiévistique, comme en témoignent notamment les deux collections homonymes "Gender in the Middle Ages", publiées respectivement chez Boydell & Brewer et chez Cambridge University Press.Si les gender studies se confondent de moins en moins avec l’histoire des femmes, force est de constater que, dans le domaine de la médiévistique belge, peu d’études sont encore, à ce jour, consacrées aux constructions de genre en tant que telles. Au-delà des approches binaires visant à définir ce qui fait le féminin ou le masculin, les gender studies soulignent aujourd’hui la diversité et la souplesse de ces constructions socio-culturelles, d’une part, mais aussi une certaine fluidité et porosité de ces catégories elles-mêmes, de l’autre, et ce malgré l’opposition binaire hommes/femmes que l’on rencontre largement dans le monde médiéval chrétien occidental, notamment dans le cadre d’une doctrine théologique qui soumet largement les secondes aux premiers. Il revient ainsi aux chercheur·euses contemporain·es d’interroger la solidité d’une lecture binaire de ces constructions socio-culturelles face à des rapports de genre qui peuvent se révéler plus complexes. En ce sens, les sociétés médiévales constituent autant de laboratoires pour explorer les multiples manifestations du genre dans la manière d’être au monde et de faire société.
Tant ces cadres socio-culturels que les stratégies des humain·es qui les ont adoptés tout en les adaptant ont évolué dans le temps et dans l’espace. De la fin du Ve au début du XVIe siècle, les modèles proposés et adoptés par les sociétés médiévales ont été modifiés : saint·es, preux·ses, mais aussi marchand·es, artisan·es, voire soldat·es, parfois travesti·es – même si les occurrences sont ici rares et difficilement saisissables. Des différences ont également pu être remarquées entre espaces ruraux et urbains, la ville constituant souvent un espace d’opportunités accrues tout en présentant des risques de précarisation qui varient en fonction du sexe et de la classe sociale des individus. Des espaces à haute densité urbaine peuvent par ailleurs aussi se distinguer entre eux : malgré des contacts économiques et culturels intenses, les cadres du mariage, par exemple, diffèrent fortement entre les anciens Pays-Bas et l’Italie.
Cette journée d’étude, qui se tiendra le vendredi 6 novembre 2026 à l’Université libre de Bruxelles, visera à donner la parole à de jeunes médiévistes comme à des chercheur·euses et chercheurs plus expérimenté·es engagé·es en études de genre, et ce afin de mettre en lumière la richesse de leurs différentes approches et épistémologies et de leur offrir une plateforme d’échange et de discussion dans le cadre convivial et bienveillant qui caractérise les journées d’études du Réseau.
Programme
ULB, Campus du Solbosch, Salle H. Janne (S.15.331)9h15 – 9h30 : Accueil
- 9h30 – 9h45 : Mot d’introduction par Nicolas Ruffini-Ronzani (RMBLF – UNamur – Archives de l’État à Namur)
Présidence : Ingrid Falque (RMBLF – UCLouvain)
- 9h45 – 10h30 : Chanelle Delameillieure (KULeuven) – Consentir au Moyen Âge : la signification et la valeur du consentement féminin dans l’Europe de la fin du Moyen Âge
- 11h – 11h30 : Inès Limam (ULB – Aix-Marseille Université) – Trans/masculinités déviantes et infertilité sociale : l’exclusion volontaire de la reproduction sexuelle comme nouvelles façons d’être soi et de faire communauté
- 11h30 – 12h : Ninon Gavage (UCLouvain Saint-Louis Bruxelles – ULiège) – Femmes nobles, mariage et agentivité dans l’espace bourguignon (XIVe-XVIe siècles)
- 12h – 12h30 : Lou-Anne Portal (UCLouvain – Université Sorbonne Nouvelle) – Anachronisme, interdisciplinarité et translatio : défis et richesses de l’étude des masculinités en (socio)littérature médiévale
12h30 – 13h45 : Pause midi
- 13h45 – 14h30 : Elizabeth L’Estrange (University of Birmingham) – Études médiévales/études de genre à travers la culture matérielle et visuelle
Présidence : Nissaf Sghaïer (RMBLF – UCLouvain Saint-Louis Bruxelles)
14h30 – 15h : Pause-café
- 15h – 15h30 : Anissa Ouzeroual (ULB) – Entre parure et armes, les sépultures des femmes mérovingiennes. Étude archéologique et anthropologique du genre au haut Moyen Âge en Europe du nord
- 15h30 – 16h : Antoine Deraedt (UNamur) – « Itinéraire réticulaire » de Richilde de Hainaut (1051-1086) : pour une étude des réseaux de pouvoir d’une comtesse et de son entourage
- 16h – 16h30 : Camille Rutsaert (UCLouvain Saint-Louis Bruxelles) – Les différents masques genrés de Jeanne de Brabant (1322-1406). L’évolution des rôles au long d’une vie féminine
- 16h30 – 16h45 : Conclusions – Éric Bousmar (UCLouvain Saint-Louis Bruxelles)
Comité organisateur
Antoine Bonnivert (ULB, sociAMM)Michael Depreter (UCLouvain Saint-Louis Bruxelles / ULB / Oxford)
Emeline Martin (ULB, Crea-Patrimoine)
Nissaf Sghaïer (UCLouvain Saint-Louis Bruxelles)
Date(s)
Le 6 novembre 2026